"Fréjus ville d’art et d’histoire", édité par l’office du tourisme (2004 )
"Jusqu’aux années 50, ce vallon couvert de maquis, traversé par la Voie Aurélienne, appartenait en majorité à la famille Maro et possédait quelque part un four à cade, c’était le lieu dit : « le Four des Maro ». Ce vallon intéressait peu les bâtisseurs qui misaient surtout sur un développement de Fréjus vers la mer, c’était donc un morceau de colline sans grand intérêt.
En 1951, Edmond Arrieu (1915-), architecte niçois y acquis quelques hectares en rémunération de travaux impayés sur un immeuble à Nice. Décidé à faire fructifier son avoir il créa une société immobilière qu’il dénomma « la SCI Four de Mare » et commença à lotir le vallon. Rapidement endetté, c’est sa banque qui récupéra la SCI et les terrains.
Le fils du banquier, un jeune loup fort dynamique, reprit l’affaire, racheta d’autres parcelles et fit de ce coin perdu un lieu de loisirs et de fêtes. En 1959, sur 600 hectares, un concept nouveau voyait le jour sur la commune de Fréjus. Au milieu des lots privés, Louis Martinon Maurel, gérant de la SCI « Tour de Mare » fit construire un hôtel, une piscine, un centre commercial, deux restaurants guinguettes, un belvédère sur le point le plus haut et deux chapelles, l’ensemble relié par un petit train touristique à vapeur et ces deux gares.
Tout au long de l’année les animations se succédaient et attiraient une grande foule : certains parlent encore des mémorables fêtes de la bière au restaurant du Belvédère… demandez au Capitaine !
Festivals, concours de chant, rencontres sportives et expositions artistiques se succédaient de semaines en semaines. De nombreux artistes fréquentaient assidument les lieux, Cocteau et ses amis avaient table ouverte au restaurant du Belvédère, une antenne de France Inter y fut même installée.
Mais un matin de mars 1965, le jeune gérant, Louis Martinon-Maurel, fut retrouvé mort dans sa voiture à demi immergée dans le petit lac de l’écrêteur Saint Esprit, suicide, crime ou accident ? Le mystère demeure mais sa disparition fit capoter l’affaire, personne ne reprit la gérance de la SCI « Tour de Mare » qui déposa le bilan. Piscine, restaurants et petit train stoppèrent. Il s’en suivit de nombreux procès et le quartier se rendormit, dans la rancœur, boudé à nouveau par les fréjusiens.
Dans les années 80, de nouveaux lotissements virent le jour. Piscine, restaurants, gares et petit train disparurent alors définitivement et le Belvédère se retrouva dans un jardin privé. Actuellement seules les deux chapelles signées Cocteau demeurent ; sages témoins de cette folle aventure.
Infos extraites de : Fréjus ville d’art et d’histoire, édité par l’office du tourisme en 2004